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Varg Veum, après avoir retrouvé une jeune fugueuse qui se prostituait pour payer ses doses de drogue, creuse son enquête sur l'entourage de Lisa. A ses risques et périls mais le résultat est excellent. Varg Veum : tout un personnage
Au fil de ses aventures ( cf. Le Loup dans la Bergerie et Pour le Meilleur et pour le Pire ), Varg Veum a toujours respecté son image de détective privé solitaire et attachant ; voici comment il décrit ses habitudes alcooliques : « la gueule de bois est un animal visqueux qui croît comme un champignon en vous. Le matin, au réveil, il est couché là, la gueule ouverte, et vous souffle son haleine fétide dans la bouche, en même temps qu'il agite lentement sa queue écailleuse au plus profond de votre estomac. Votre gorge est encombrée et vous savez pertinemment que l'animal va grossir et enfler de plus en plus en vous, jusqu'à ce qu'il éclate dans le courant de l'après-midi avant de rétrécir pour ne plus vous laisser qu'un goût faisandé sur le palais, et un voile de sable devant les yeux (p.155) ».
Sa tendance à l'apitoiement est conforme au personnage porté sur la bouteille : « je me pose la question : qu'est-ce qui t'a poussé à devenir quelque chose d'aussi misérable que détective privé ? Pourquoi ne t'es-tu pas trouvé un job dans un bureau, où tu aurais mis des lettres dans des enveloppes, des notes dans des tiroirs et des candidatures dans la corbeille à papiers ? Pourquoi ne t'es-tu pas dégotté un boulot au service des Ponts et Chaussées, pour passer le restant de tes jours à creuser des trous dans la rue, avant de les reboucher ? Qu'est-ce qui t'a fait choisir de devenir un missile humain, un sac de frappe vivant, un crachoir public et un vagabond sans le sou (p.22) » ?
Et comme à l'accoutumée, Staalesen délivre un texte riche en descriptions : « la brume matinale, le long des dunes abruptes de l'est du Jylland, faisait comme des cheveux de bébé fraîchement lavés. Les champs de blé ressemblaient à des timbres coquille d'œuf, et le Danemark tout entier figurait une énorme carte postale carte envoyée à l'éternité. Tout avait l'air tellement plus beau, vu d'en haut. Les villes n'avaient plus leur couverture de gaz d'échappement, et faisaient penser à de petits villages de contes de fées. Les larges autoroutes anonymes paraissaient être des rivières apaisées traversant tranquillement un paysage vert vif, dans lequel même les vieilles fermes désaffectées prenaient un aspect secret et déduisant (p.37) », ou encore « l'air était froid et vif. Seules quelques bandes de brume parcouraient la voûte céleste, et les étoiles envoyaient par saccades leurs signaux muets comme un morse indéchiffrable (p.151) », et parfois résigné mais non sans humour : « le matin arriva, à la façon d'un policier derrière la porte : il frappa, bourru et impitoyable, et pas moyen d'y couper. Il fallait se lever (p.121) ».
L'Enquête
Les parents de Lisa chargent Veum de ramener leur fille, fugueuse et droguée. Il a l'habitude de ces recherches du temps où il travaillait aux services sociaux de sa ville Bergen, dont il fut remercié pour avoir eu la main lourde sur un 'détourneur' de mineurs pris en flagrant délit. Il reconduit donc rapidement l'adolescente au bercail pour hospitalisation et désintoxication. A cette occasion, les voisins de Lisa lui demandent de retrouver leur fils Peter, 19 ans, lui aussi habitué des fugues. Quelques bribes d'information filtrent sur un amour entre lui et Lisa, que leurs familles respectives n'encouragent pas. En fouillant au-delà de ce qu'on lui demande, Veum dévoile le passé pour expliquer le présent, et Veum s'il était encore besoin que les enfants délinquants ne sont que des victimes de leur entourage.
Veum écoute et regarde avec acuité : « quand vous examinez de près le visage des gens, vous trouvez leur véritable beauté : vous trouvez alors la vérité dans toute sa crudité, la hideur, le pathos, la confusion, tous les chagrins, les inquiétudes et les joies, toute cette tourmente qui marque un visage de rides et de cicatrices, les blessures internes et externes - toute sa beauté intrinsèque et indescriptible (p.181) ». Immanquablement, l'enquête de Veum croise celle de la police : ils s'échangent des informations car il est difficile de distinguer où finit la mission de Veum d'où commence celle du service public. Et quand un de ses anciens collègues l'interroge sur son métier, cela donne :
- pendant qu'on y est… Ton boulot… de détective privé. Comment ça marche, exactement ? Est-ce que tu arrives vraiment à ce que les gens… se confient ? - Etonnamment souvent. En fait, c'est surprenant de voir à quel point les gens vident facilement leur sac, juste parce qu'ils ont en face d'eux quelqu'un sur qui ils pensent pouvoir compter - dans une certaine mesure. Parfois, ce n'est même pas nécessaire, il leur faut juste quelqu'un qui écoute, qui peut leur prêter une oreille, voire les deux. Pendant un moment. Et en ce sens, tu deviens une sorte d'assistant social, si tu vois ce que je veux dire. Et il y a autre chose. Je ne représente aucune autorité. Ils savent qu'ils ne risquent pas de représailles s'ils se confient. Par la suite, ils peuvent tout nier, si le besoin s'en fait sentir. - Alors, le mot-clé, c'est donc - ce qui nous fait souvent défaut, semble-t-il, dans la police - la confiance (p.120)… Norah GUENEAU © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°19 : 01.V.05 * * *
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