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 | SAURIN Patrick | | La Fleur, le Chant, In Xochitl in Cuicatl | | La Poésie au temps des Aztèques | | [3] Jérôme Millon
| [3] Orbita |
153 pages - 19 € ISBN 10: 2-84137-142-5
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Introduction à la poésie mésoaméricaine autour de traits fondamentaux des culture et pensée aztèques. Les poèmes en bilingue français-nahuatl sont l’occasion de profonds développements sur la spiritualité intérieure, la pensée associative, la colonisation, etc. Avec la conquista espagnole, ce sont des pans entiers de la culture de diverses civilisations mésoaméricaines qui disparurent, et avec elles, la richesse de sa poésie. Avec la destruction de presque tous les codex maya et aztèques, ce qui reste de la prosodie précolombienne a été réduit à peau de chagrin, c’est le cas de le dire avec les quelques chants de guerre qui nous sont parvenus, pleurant les ravages de l’envahisseur.
Cet ouvrage n’est pas une anthologie poétique, mais plus une présentation de la Poésie au temps des Aztèques à mi-chemin entre vulgarisation et étude universitaire. Tout en rappelant quelques spécificités linguistiques du nahuatl, telles son « diphrasisme » qui associe deux termes connexes au moins pour un nouveau signifié ( phénomène proche et caractéristique du chinois moderne connu sous le nom de disyllabisme ), ou encore sa nature agglutinante qui permet des nuances presque infinies par simple juxtaposition de termes ou suffixes les uns à la suite des autres, un peu comme en japonais ( cf. haiku ), l’auteur prit soin de préciser que « les règles présidant à la création des chants nahuatl restent encore pour l’essentiel un mystère (pp.24-25) ».
Langage associatif et symbolique
Néanmoins, dès l’avant-propos à cet ouvrage, Claude Louis-Combet souligne la dichotomie entre la nature imagée de la poésie nahuatl et l’origine rationaliste de la poésie occidentale : « là où la sensibilité grecque a avancé l’expérience du faire et du savoir faire ( poïeïn, poïêsis ) pour désigner cette toute particulière attention et application aux mots, en quoi consiste la poésie, les anciens Mexicains ont regardé du côté de la nature et de la végétation et ils ont approché l’essentielle opération sur les mots à travers la métaphore de l’épanouissement floral ( in xochitl, la fleur ) estimant que le poème est une floraison verbale, un bouquet de fleurs vives […] Avec le recours à l’idée de chant ( in cuicatl ), le concept de la poésie accède au point d’accomplissement de sa signification (pp.7-8) ».
Plus exactement, et à grands renforts de citations d’études sur le sujet, Patrick Saurin insiste sur la richesse pluridimensionnelle et associative de cette poésie : « les poèmes nahuas, pour la plupart d’entre eux, ne sont pas construits sur la base d’un ordonnancement linéaire et ne possèdent pas de fil conducteur logique ou narratif régissant la succession des différentes séquences qui les composent : ‘au contraire, c’est comme si les vers étaient disposés autour du centre – un thème, un sentiment, un personnage, ou tout cela réuni – avec lequel ils sont directement en relation de la même façon, au lieu d’être en relation les uns avec les autres. De telle sorte que l’ordre des vers apparaît beaucoup moins important que leur appartenance au thème commun et à leur disposition symétrique (p.54) ». Dit encore autrement, « une chose n’existe dans la pensée aztèque que dans un système de relations avec d’autres éléments, une action ne se réalise qu’en s’inscrivant dans un ensemble d’actions concomitantes auxquelles elle se trouve liée. Nous pensons voir ici la ‘circularité des itinéraires cognitifs’ évoquée par Jacques Galinier dans sa remarquable étude sur l’‘entendement mésoaméricain’. Pour cet auteur : ‘cette circularité des itinéraires cognitifs est au fond une des clés de la compréhension du mode de pensée mésoaméricain. C’est-à-dire qu’un item n’a de sens qu’au sein de concaténations symboliques, d’enchaînements et surtout de bouclages de relations entre ces différents items (p.57) ».
Sans doute est-ce une manière un peu controuvée pour exprimer l’essence de la pensée symbolique, si riche en associations autour d’un même centre et dont les Aztèques n’ont pas l’apanage. Tout l’art occidental d’antan, et même sans doute tout l’art de par le monde, partage cette dynamique : c’est même ce en quoi l’art contemporain et la poésie formelle attirent si peu le public, qui instinctivement le trouve pauvre ou sans pouvoir évocateur. Mais là n’est pas ici le début, les deux citations ci-dessus se renforcent et montrent que les Aztèques eurent une poésie profonde et de vrais aèdes, tels les rois-poètes Cuahcuauhtzin et le célèbre poète Nezahualcoyotl qui régnèrent respectivement au milieu du XVe siècle sur les villes de Tepechpan et Tezcoco. La Complainte de Cuahcuauhtzin (pp.76-81) chante justement la détresse de ce dernier, envoyé à la guerre par son suzerain Nezahualcoyotl qui entendait ainsi lui ravir sa belle épouse ; extrait :
[…] Que mon cœur s’ouvre, Que mon cœur vienne s’épancher. Tu me veux du mal, tu me détestes. Je suis parti car je devais périr. Peut-être que pendant ce temps, oo, tu pleureras à cause de moi, tu seras triste à cause de moi, seulement, mon ami. Ô seulement je m’en vais, ô seulement je m’en vais, yehua ohuaya.
Mais mon cœur me dit que je ne reviendrai plus jamais, aya, que je ne me promènerai plus jamais dans ce lieu agréable, sur terre. Ô seulement je m’en vais ô seulement je m’en vais, ( yehua ohuaya ).
Il désire seulement des fleurs mon cœur, ainsi il s’élève, ya. Je ne fais que me tourmenter en chantant sur terre, Moi, Cuahcuautzin, huiya. Je désire des fleurs, puissent-elles se répandre dans mes mains. Je me tourmente, ya, yho aye yho ohuaiya ohuaiya […]
Le livre donne d’autres exemples de poèmes, dont un Chant d’Amitié et un Chant de Guerre, tous commentés avec force références à la culture nahuatl. Plus profond sans doute est le dernier exemple, A celui qui s’invente lui-même, Celui par qui l’on vit, sorte de monologue intérieur proche de la prière, sur laquelle une intéressante discussion révèle le point commun de la spiritualité humaine, que ce soit par le maître intérieur ou par le divin à l’extérieur. L’auteur met cependant en garde contre les versions trop littérales d’après la conquête, le terme de dios ( dieu ) rencontré dans certains chants nahuatl étant des emprunts à l’espagnol ; et il existe quantités de métissages linguistiques autrement plus subtils qui faussent l’esprit originel. Rappelant enfin un titre de Serge Gruzinski, la colonisation de l’imaginaire fut rapide, dès le début du XVIe siècle ( Tenochtitlán tomba aux mains de Hernán Cortés en 1521 ), comprise comme « la récupération par les Espagnols de pans entiers de cette pensée mexicaine qu’ils réutilisent au profit de leurs propres intérêts idéologiques (p.72) ». Erwan L'HELGOUACH © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°6 : 16.VI.04 * * *
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