|
|
 | MALTE Marcus | | Intérieur Nord | | | [16] Zulma
| |
125 pages - 12 € ISBN 10: 2-84304-310-7
| |
| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
|
Quatre nouvelles mettant en scène les sensibilités exacerbées de quatre hommes face à au néant, qu'il leur faut remplir à tout prix. Quatre voix qui se livrent, dans un style vif, percutant et rythmé, pour mieux exprimer la détresse et les joies de la vie… L'auteur se décrit ainsi : « je suis né en 1967 et vis depuis ce temps à la Seyne sur Mer. Devant la mer. J'ai fait des études de cinéma. Mais ça n'a pas marché. J'ai été musicien. De rock. De jazz. De variétés. Mais ça n'a pas marché. Aujourd'hui, j'essaie d'écrire des histoires. On verra ».
Ambiance
Le ton sans illusions rappelle les héros des quatre nouvelles de ce recueil, on sent dans l'écriture sa passion pour l'être humain, dont il décrit admirablement turpitudes, échecs, et actions quand « ça n'a pas marché ».
Les divers protagonistes racontent le moment où tout a basculé, chacun à la première personne du singulier. Avant, nul n'a de passion particulière, et suit son petit bonhomme de chemin, sans se poser de questions et sans chercher à changer le train-train quotidien.
Leurs métiers permettent de gagner leur vie, et nul ne semble soupçonner qu'on puisse vivre autrement. Mais soudain, un événement particulier les réveille : ils se rebellent, du moins essaient-ils, pour un résultat pire dans chacun des quatre textes : la solitude est récurrente, et seule la mort peut l'éloigner, à condition de le vouloir
Les Drames Humains Marcus Malte aime les phrases courtes et percutantes. Ainsi du personnage d'un village en montagne, qui vit avec ses chiens de traîneau : « depuis le fin de mon service militaire, j'ai toujours vécu seul. J'ai pas mal de potes. Je connais tout le monde au village et tout le monde me connaît. Je suis né ici. Mais il n'y a personne de réellement proche. Personne qui ait partagé ma vie, ne serait-ce que quelques mois. Ce n'est pas une question de choix. Je m'aperçois que je n'ai rien fait, ni pour ni contre. C'est comme ça. A vrai dire je n'y avais même pas réfléchi. Ça me manquait pas. Jusqu'à ce que je la rencontre. Maintenant j'ai l'impression d'avoir laissé passer ma chance, si on peut appeler ça une chance. C'était elle ou personne. Je suis sûr de ça. Alors ce sera personne (p.21) »… Solitude dont il prend conscience grâce à une touriste, un peu différente, qui lui demande quelque chose de spécial… La dernière nouvelle, Jeanne, ma Jeanne, me semble la meilleure. Ce n'est pas la mère universelle chantée par Brassens, mais l'amante qui change le cours d'une vie : « divorcé depuis deux ans à l'époque […] On était très jeunes, Annie et moi, quand on s'est connus. Elle est tombée enceinte tout de suite. Manque de précautions. On s'est mariés parce que c'était ce qui devait se faire […] Annie et moi, c'est quelque chose qui n'aurait jamais dû exister. Une sorte d'erreur, comme si quelqu'un, là-haut s'était gouré dans ses calculs. Dans sa programmation. Et comme s'il avait fermé sa gueule pour pas se faire taper sur les doigts. […] Ça a duré dix-huit ans. Une de ces petites pluies fines dans la région du Centre, qui peut tomber des jours et des jours durant, presque au goutte à goutte, ça n'a pas l'air de mouiller et pourtant au bout du compte on s'aperçoit qu'on est trempé jusqu'aux os (p.90) ». D'ailleurs, Annie était la première épouse du conteur, et quelle différence de ton lorsqu'il parle de Jeanne qu'il rencontre quatre plus tard : « je n'avais jamais connu ça. Elle m'a appris des choses. Elle m'a appris ce que c'est que le désir. Elle m'a appris qu'on pouvait souffrir à cause de quelques centimètres qui séparent deux corps. C'est encore trop. C'est un gouffre et tout à coup il faut le combler, s'accrocher et serrer, serrer fort. Qu'on pouvait souffrir à trois secondes près. Je parle d'une véritable douleur, dans les muscles, dans les os. Des moments fulgurants (p.106) ». C'est l'amour - passion, l'amour-à-mort, qui fait souffrir s'il n'est pas ou plus assouvi. De plus, l'expiation aussi lui est refusée. Les Crimes
Il y a aussi le désarroi d'un père, dont le fils a été assassiné : « nous n'avons plus fait l'amour, elle et moi. Depuis maintenant quatre ans. Au début, tout parait indécent. Les actes les plus communs, les plus naturels : manger, boire, dormir, se laver, se brosser les dents, comment peut-on encore se préoccuper de ces choses-là quand son enfant, notre enfant aimé et chéri est allongé tout seul sous la terre dans le froid et l'obscurité ? (p.56) ».
Dans L'ange pleureur, tout est sous-entendu et il n'y pas de meurtre ; plus tard, peut-être : « c'étaient les premiers mots qu'elle m'adressait. Sa voix était rauque, un brin fêlée. Bien sûr, j'avais déjà vécu des milliers de fois la scène des retrouvailles, en pensée. Une infinité de variantes. Toutes recelaient une quantité d'émotion autrement plus grande. Des larmes ou de la joie. Des visages ravagés. Du drame. Il n'y a rien eu de cela, et finalement cette façon de faire m'est apparue sur le coup comme la plus évidente. Presque la seule possible. L'absence laisse le champ libre à l'imagination, le désert aux mirages (p.69) ». Norah Guéneau © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°14 : 01.I.05 * * *
|
|
|