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Pagination > 450 p.
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Des poèmes épars exhumés de l'oubli où ils étaient enterrés depuis 60 ans, écrits au temps où le poète connaissait la déportation et l'enfer concentrationnaire. Impressions, souvenirs, cris du cœur, et espoirs parsèment ces vers sincères, pour ainsi dire d'outre-tombe. Nature
Quand je rassemblerai, vers la fin de ma vie, Mes souvenirs épars comme troupeaux errants, Libre de tout espoir, de toute vaine envie, Quand j'ouvrirai ma porte à la horde des vents,
Nature, accueille-moi dans ton ombre légère, Dans ton silence vert et ton recueillement, Car je t'aime d'amour comme on aime une mère, Et tu fus mon soutien dans un monde infamant.
A l'heure où nous étions privés d'air et d'espace, Où l'horizon saignait au pied du mirador, Un pétale, égaré, nous parlait de ta grâce Et venait dissiper les affres de la mort
L'auteur, qui connut l'enfer pénitencier nazi et ses pratiques tristement célèbres, révèle dans ce recueil quelques tranches de vie écrites à cette époque, et combien la poésie, et l'art en général, permet d'exprimer sa souffrance et ses prières, dans l'espoir de jours meilleurs, comme dans cette prière au créateur :
Si tu pouvais, parfois, ouvrir ta paupière Toi que nous invoquons depuis la nuit des temps Dans le matin qui saigne et l'ombre qui s'étend Ne peux-tu t'éveiller de ton sommeil de pierre ? […] Il suffirait d'un rien pour changer toute chose. S'il est vrai que c'est toi qui créa la lumière, Toi qui créa le ciel et qui créa la rose, Qu'attends-tu pour sortir de ton sommeil de pierre ? ( Prière )
Simplement, aussi horrible que pût être la réalité, l'indécence de la guerre et l'incroyable cruauté dont font parfois preuve les hommes, et pas que les nazi, on ne peut que mesurer avec effarement toute l'injustice d'un monde où le plus faible n'a plus aucun recours, pas même l'illusion d'une rédemption salvatrice ou d'un égard humain :
Dieu s'éloigne, et le soir recouvre lentement Les cités à l'odeur de fumée et d'essence… L'hôpital des yeux béants et la souffrance Rôde le long des murs, silencieusement. ( Septembre )
[…]
Il en est qui s'en vont par les chemins faciles, Les yeux toujours fixés sur le même horizon, Se complaisant en eux comme en une maison, Sans entendre les cris qui montent de nos villes. (Désespoir)
Les jours, mornes et douloureux, deviennent le quotidien dont certains parviennent à graver en leur mémoire le souvenir de telle personne qu'un jour le hasard voulut qu'elle croise son chemin, rencontre éphémère sans lendemain :
Je t'évoque parfois alors que le soir tombe. Je songe au talisman que tu m'avais glissé Dans la sinistre cour qui nous servait de tombe, Toi qui ne fus jamais que l'ombre d'un passé… (Evocation)
[…]
Que de sages, parfois, sont morts abandonnés Dans l'horreur de la guerre, les coups et la souffrance, Victimes de la haine ou de l'intolérance, Que d'enfants innocents et de destins fanés. (Lâcheté)
Heureusement, si l'on peut dire au regard des circonstances, l'esprit humain trouve souvent quelque exutoire dans le souvenir, ou dans l'imagination, encore que dans certains cas, l'horreur et la souffrance puissent se conjuguer dans la démence. Le raccrochement à un être cher, réel ou fantaisiste, est une récurrence dans l'humanité :
Je t'ai cherché en vain dans chaque paysage, Echo de notre esprit, souffle de ma pensée, Dans le regard du fou et dans celui du sage, Et dans le lent martyr de l'enfance blessée. (Imaginaire)
Mais le recueil n'est pas simplement une consignation de peine et d'hommage aux disparus… Certains vers recèlent cette sensibilité féminine qui se souvient, ou connaît peut-être alors, de la fragilité d'un amour délicat :
Cristal
J'ai peur de voir fêler cet amour de cristal, Si vulnérable et si diaphane et fragile Que chaque mot trop lourd semble un éclat brutal Comme une trombe d'eau sur un jardin tranquille.
Nous ne dirons jamais de ces mots hasardeux Qui laissent dans la bouche un avant-goût de cendre. Ne sens-tu pas en toi quand la nuit va descendre Toute une éternité qui se construit à deux ?
Le dernier poème qui termine le recueil, celui-ci n'étant ni paginé ni nanti d'un sommaire, invite à penser que l'auteur avait parfois pu oublier l'univers concentrationnaire et laisser libre cours à son âme :
Je sais une forêt comme une cathédrale A l'odeur de varech, de miel et de piment ; Je voudrais y dormir d'une nuit végétale Et puiser dans sa paix mon accomplissement. (Forêt) Claudio SEPULVEDA SCHULZ © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°10 : 16.X.04 * * *
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