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 | HIGUCHI Shinji | | La Submersion du Japon (2006) | | Titre original : Nihon Chinbotsu | | | |
132 minutes - ISBN 10:
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| Scénario | Réalisation | Pertinence | Acteurs | Informatif
Long-métrage
Suspense
Script original
Langue en contexte
| Costumes
Décors somptueux
Perspectives
Effets spéciaux
Réalisme
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Esthétique
Sujet original
| Actuation excellente
Brochette de stars
2nds rôles importants
Distribution importante
Distribution internationale
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Le film catastrophe ‘pas comme les autres’, la 3e version d’après le roman de Komatsu Sakyo qui extrapole une réalité géologique, que le Japon disparaîtra un jour. Nihon Chinbotsu, une version romancée ramenée à un an, appartient donc profondément à l’imaginaire nippon.  Dès sa sortie en 1973, le roman Nihon Chinbotsu fit l’effet d’une bombe, renforçant chez les Japonais leur sentiment d’habiter une terre précaire en termes de ressources naturelles et d’espaces habitables : l’archipel n’étant que roches et montagnes à 90%, l’expression semai kuni ( étroit pays ) est proverbiale. De là que la population est si concentrée sur le littoral, principalement en villes, avec des conséquences dramatiques lors d’incendies et de séismes.
Le succès fut immédiat : un premier film dès la même année ( Nippon Chinbotsu, 1973, dirigé par Moritani Shirō et Andrew Meyer ) suivi d’une série télévisée, également diffusée dans le reste de l’Asie. Avec le roman, le cinéma mettait en images et officialisait ce que les Japonais soupçonnaient plus ou moins : qu’assis au confluent de quatre plaques tectoniques ( Eurasienne, Philippines, Pacifique et Nord-Américaine, cf schéma infra ), leur pays ne pouvait être soumis qu’à des forces telluriques de plus en plus violentes : en témoignent la rangée de volcans longeant son territoire jusqu’au Kamtchatka, les célèbres tsunamis et, dans une moindre mesure, la quantité de thermes naturelles chaudes où Japonais et macaques aiment se baigner depuis des lustres.
Réalité géologique : le Japon aux confluents de quatres plaques tectoniques…

 Chinbotsu signifie naufrage, et la locution entra dans le vocabulaire courant comme l’attestent l’expression Keizai Chinbotsu ( cf. Nihon Keizai Chinbotsu, manga de 2004 : litt. Le Naufrage économique du Japon ) ou l’amusante parodie Nihon Igai Senbu Chinbotsu (2006) de Kawasaki Minoru ( La Submersion partout sauf au Japon ). Voilà pour souligner l’importance toute spéciale de Nihon Chinbotsu dans l’inconscient collectif nippon.
Physique & Fiction
Il ne s’agit pas d’un remake du film ou du roman de 1973 : les scénaristes l’ont abondamment modernisé et ont inclus des éléments géologiques nouveaux, ou créés de toutes pièces. Si la submersion du Japon est une réalité géologique qui se mesure en millions ou centaines de milliers d’années, la fiction ici l’a réduite à un peu moins d’un an.
Une première raison avancée par les Américains, est l’immense « mégalithe » qui termine la plaque océanique qui plonge sous la plaque continentale dont le Japon est la limite orientale… Elle est tout près d’atteindre la masse critique qui précipitera son immersion dans le magma, causant par friction des tremblements de terre inouïs, d’échelle 8, 9 ( sachez que quand un journaliste vous parle sans comprendre « d’échelle ouverte de Richter », c’est parce qu’il s’agit d’une équation logarithmique non bornée à droite ). La catastrophe est prévue dans une quarantaine d’années.
Chine Archipel du Japon Océan Pacifique
plaque océanique en subduction
MEGALITHE
Manteau à 660 km de profondeur
Seulement voilà, le professeur Tadokoro Yusuke ( l’acteur Toyokawa Etsushi ) découvre l’impensable : au mégalithe s’ajoute la « lamellisation » de la croûte continentale par laquelle des pans entiers s’en détachent et sombrent dans le magma. La conséquence en est une plaque plus mince et plus fragile, beaucoup moins apte à supporter les frictions de subduction de la plaque océanique. Pire, l’activité de bactéries hautement résistantes à la chaleur ( cela existe ) ‘lubrifierait’ la subduction entraînée par le « mégalithe »…. J’ignore si mégalithe, lamellisation et bactéries lubrifiantes sont des réalités géologiques, mais c’est bien trouvé : le résultat est la destruction inéluctable de l’Archipel et de tous les Made in Japan…
Dernière trouvaille, géniale : pour retarder les effets de la subduction, Tadokoro propose de trouer la plaque continentale au large des côtes Sud-Est et Est du pays, pour qu’elle soit plus facilement arrachée avec la subduction de la plaque océanique. Comment ? En plaçant une nouvelle bombe, dernier cri, plus forte que la bombe A, à intervalles réguliers, tous les 10-20 km… Plausible ou pas, la réalisation montre d’admirables explosions en chaîne qui soufflent la surface de la mer : dans un grand moment de science-fiction !
Scénario & Réalisation
Un mot d’abord sur le réalisateur, Shinji Higuchi : c’est un des fondateurs des studios Gainax ( ex- Daicon Eiga ), célèbre pour ses séries anime de robots Shin Seiki Evangelion (1995) et Gunbuster auquel il a contribua aussi. C’est donc un maître de la SF et des effets spéciaux : ce film le prouve, et figure désormais comme son œuvre majeure à cette date. Les séquences d’éruptions volcaniques continentales et sous-marines, de tremblements de terre et de soulèvements de terrains, de tsunamis et de destruction sont bien rendues et valent largement ceux des films américains type Volcano, Poseidon ou Le Jour d’après. En raison de l’impact du roman, le réalisateur eut le bon goût d’en respecter les limites géographiques au seul Japon, se concentrant à exploiter l’image déjà si fragile du semai kuni qui habite tout Japonais, quelle que soit la réussite économique, industrielle ou technologique du pays.
Comme les navets hollywoodiens cités ci-dessus, ce film a des défauts, dont la faiblesse du personnage de Misaki, fillette rescapée d’un cataclysme en pleine ville et désormais orpheline. De même pour l’idylle non consommée entre Reiko ( une sapeur-pompier, jouée par Shibasaki Kō ) et Toshirō ( l’acteur Kusanagi Tsuyoshi ), un des deux plongeurs qui meurent dans leur bathyscaphe en tentant d’activer la chaîne de bombes forées à même le manteau rocheux sous-océanique. Enfin, la qualité des effets spéciaux grandeur nature occultent la panique et détresse populaires, psychologique et matérielle, sans parler des morts par dizaines de millions : les écrans de la cellule de crise ne manquent pas de montrer leur incrémentation.

A l’inverse, les problèmes politiques ne sont pas trop mal décrits. Le Premier ministre Yamamoto ( l’acteur Ishizaka Koji ) charge Takamori Saori ( la belle Daichi Mao ) Ministre de Catastrophe Nationale, avec mission de sauver autant de Japonais que possible. Son personnage est crédible, et montre l’importance du cœur sur toute considération politicienne ou carriériste, dont font montre d’autres politiciens en dépit de l’urgence. Moins crédible cependant est son ancienne liaison avec Tadokoro professeur, duquel elle avait divorcé pour privilégier sa carrière ; mais bon, le monde est petit, surtout au Japon.
Elle a aussi le mérite de montrer comment le Japon paie chèrement aux pays étrangers l’asile de ses concitoyens : devant la déferlante nippone, les refus sont de plus en plus nombreux, sans parler des mouvements xénophobes, anti-nippons en l’occurrence. Le Japon paie aussi en nature, contre ses trésors culturels, jusqu’alors conservés dans ses musées et temples.
Or le temps presse, l’évacuation débute dès les jours suivant l’annonce officielle : ports et aéroports offrent le spectable d’une valse de bateaux et d’avions partant complets ( ce qui invite à réflexion si jamais catastrophe naturelle d’envergure devait se produire en un lieu densément peuplé ). Et puis il y a l’économie : devant la disparition de leur pays, les Japonais n’ont plus que leurs finances pour les aider… Mais voilà que les Américains se désolidarisent, et commencent à vendre en masse leurs actions japonaises et obligations sur le Trésor nippon : les cours chutent, privant le dernier gouvernement japonais de précieuses ressources pour installer ses ressortissants ailleurs dans le monde… Le Premier ministre Yamamoto, en vol pour la Chine où il voulait négocier la relocation de millions de nationaux, périt lors d’une éruption inopinée.
Sans être parfait, ce film qui figure un Japon en feu, présente plusieurs dimensions qui le placent au-dessus d’autres films positionnés dans le même segment des catastrophes naturelles.

Thomas Rawcat © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°36 : 07.II.08 * * *
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