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 | RENOU-NATIVEL Corinne | | Jean Daniel, 50 ans de journalisme | | De l'Express au Nouvel Observateur | | [5] Rocher (Le)
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513 pages - 21,90 € ISBN 10: 2-268-05610-4
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Une biographie chronologique et détaillée de l'âme du Nouvel Obs : la forte proportion de citations montre l'accent mis sur les rôles des nombreux protagonistes cités et sur les communications personnelles faites à l'auteur : 5 décennies contemplent Jean Daniel… Dans le paysage éditorial français, on ne présente plus l'emblématique Jean Daniel, né Jean Bensaïd dans l'Algérie alors 'française'. Le livre s'étend longuement sur sa jeunesse africaine et sur les conséquences du régime de Vichy : si sa famille ne semble pas avoir eu à souffrir des déportations nazies, c'est tout juste si le jeune étudiant d'Alger put intégrer l'université, en dépit de sa perte de nationalité comme 14% de la population 'blanche' du territoire algérien : « d'un trait de plume, les juifs d'Algérie, perdent, par décret du 7 octobre 1940, la nationalité française que leur avait octroyée collectivement l'Etat en 1870. Ne pourront demeurer citoyens que les combattants des guerres 1914-1918 et 1939-1940, ayant obtenu à titre militaire la Légion d'honneur, la Médaille militaire ou la Croix de guerre (p.53) ». Le jeune Daniel, dont on disait déjà qu'il souriait peu, avait peu de raisons d'être tout sourire…
Les années Quarante et Cinquante
Néanmoins, il embarque pour l'Irlande, pour mieux choir à Paris où il devait s'installer définitivement au grand dam de sa famille. La fin de la guerre approchant, il s'inscrit à l'université, en philosophie, et ne tarde pas à fonder Caliban, selon le célèbre nom du personnage de La Tempête de Shakespeare comme métaphore du peuple français. Ce mensuel connut un grand succès par la qualité du ton comme par ses thématiques, comptant quelques plumes célèbres ou en devenir : « parmi les 355 collaborateurs que Daniel réunit autour de la revue en cinq années d'existence, plus du quart sont écrivains. Une prédilection largement déterminée par des années de lecture de ma revue Vendredi (p.126) ». Mieux, « Caliban avait énoncé dès sa naissance ses préoccupations. Inspiré par ses fondateurs, dirigé par Jean Daniel, guidé par Camus, le mensuel ne se contente par de rendre compte de l'air du temps, il y participe (p.122) ». L'ouvrage revient d'ailleurs souvent sur sa longue amitié avec le Prix Nobel, pied-noir comme lui.
Cinq années aussi pour se faire un nom et une réputation de journaliste sérieux : après le noyautage de Caliban, c'est tout naturellement qu'on lui propose de travailler pour l'Express, notamment pour couvrir l'actualité algérienne, et les tortures menées par l'armée française. C'est une poudrière, si bien qu'en 1957, la censure sévit sur un article de Jean Daniel : « l'Express est saisi sur toute l'Algérie sur ordre du résident général Robert Lacoste (p.199) », mais l'événement est relayé par Le Monde d'Hubert Beuve-Méry. Jean Daniel, au contraire de nombre de ses confrères de même bord, croit dans les capacités de Pierre Mendès-France et de Charles de Gaulle, ce qui lui vaut une réputation d'homme ouvert autant que d'esprit libre, et quelques inimitiés.
Les années Soixante et Soixante-dix
En 1959, il est invité par Henry Kissinger, premier tremplin international avant son « scoop du siècle » selon le mot de l'auteur, la double interview ( différée ) de John F. Kennedy et de Fidel Castro, en pleine crise de Cuba. Du premier, un mois avant sa mort, il « recueille cet aveu inattendu : 'Je pense qu'il n'y a pas un pays au monde […] où la colonisation économique, l'humiliation et l'exploitation ont été pires que celles qui ont sévi à Cuba, du fait de la politique de mon pays, pendant le régime de Batista ; je pense que nous avons secrété, construit, fabriqué de toutes pièces, sans nous en rendre compte, le mouvement castriste (p.247) ». Devenu l'émissaire officieux, Daniel confie ensuite à Castro ses propos que d'aucuns voient comme un des signes de la volonté du président américain de normaliser à terme ses relations avec l'île. Sur ce, Castro explique que les missiles ne sont là que pour « intimider et non agresser [...] Avec nous, sur la base du respect réciproque des souverainetés, tout peut se normaliser (p.249) ». Et fidèle à lui-même, le líder máximo d'ajouter : « puisque vous allez revoir Kennedy, soyez le messager de la paix. Je précise bien, je ne veux rien, je n'attends rien et, comme révolutionnaire, la situation actuelle ne me déplaît pas. Mais comme homme, comme homme d'Etat, j'ai le devoir d'indiquer où peuvent être les bases d'une bonne entente (p.249) ». Le lendemain, Kennedy est assassiné à Dallas. En dépit des dénégation de Pierre Salinger qui n'aurait pas été consulté, et avec le soutien de Ben Bradley de Newsweek, l'article de Jean Daniel fait le tour du monde et dans les principaux media américains, désamorçant entre autres l'accusation selon laquelle l'attentat était une commandite castriste.
Auréolé d'une célébrité mondiale, Jean Daniel rentre en France non sans quelques jalousies de la part de ses confrères. En 1964, il prend la tête du Nouvel Observateur, refondu sur l'ancien L'Observateur Français qui battait de plus en plus de l'aile: le ballottage du général De Gaulle par Mitterrand ( que Daniel avait sous-estimé ), dope ses ventes et atteignent les 100.000 exemplaires, avec l'accent sur l'art d'écrire. En 1968, le Nouvel Obs n'est pas épargné par la fronde depuis la base, qui entend répartir les rôles sur une base égalitaire et soixante-huitarde : Jean Daniel est ébranlé. De plus, les hostilités dues au changement de nom de Bensaïd à Daniel se renouvellent avec les prises de position de l'intéressé en faveur de la cause palestinienne, qu'il refuse d'ignorer quel que soit son soutien à l'état d'Israël : il veut un état binational.
Les Années Quatre-vingt et Quatre-vingt-dix
Le livre rappelle le rapprochement de Jean Daniel à François Mitterrand, sans oublier l'amitié qui lie le premier à Michel Rocard et sa volonté de voir les deux hommes joindre leurs efforts : après quinze ans d'efforts et d'attente, ce sera chose faite en 1988. C'est aussi l'époque de la Gorbimania et de la normalisation des relations avec Yasser Arafat, qui redevient fréquentable mais dont Daniel devra essuyer la ire de certains membres de la communauté juive.
Du côté de la presse, le Nouvel Obs fait figure de vieille garde devant les nouveaux titres plus allègres et plus people comme L'Evénement du Jeudi ( qui n'en est pas un comme dirait l'autre ). La concurrence et la chute des entrées publicitaires rappellent Claude Perdriel aux côtés de l'éditorialiste emblématique. Les deux hommes ont une approche différente de la presse, l'un a toujours promu la qualité intellectuelle, l'autre l'adéquation du titre avec les préoccupations de son temps. Jean Daniel ne peut que déplorer la dérive mercantiliste : « la politique des suppléments est un véritable cauchemar chez moi. Il y a des suppléments qui se justifient. Le supplément TV du Monde est de ceux-là. Mais les autres sont conçus uniquement pour faire du poids. Ils jouent la compétitivité sur l'abondance et non sur le compromis (pp.425-426) ». Et l'intéressé de pester « contre la succession des couvertures vulgaires ; contre la perte de l'autorité intellectuelle et morale ; contre la poursuite du racolage et l'alignement sur l'Evénement. 'Nous sommes inférieurs à celui que nous avons décidé stupidement de combattre (p.427) ». Premiers incriminés : Claude Perdriel et Franz-Olivier Giesbert ; lequel FOG ne put refuser le Fig quand il vint le chercher.
Après un demi-siècle de presse, ses amis passant ou disparaissant, Jean Daniel renoue depuis l'an 2000 avec une carrière littéraire que la place de Paris a chaleureusement accueillie, dont ses monumentales Œuvres Autobiographiques parues chez Grasset sur papier bible, « un cadeau de Jean-Claude Fasquelle (p.481) ». Dommage que le présent ouvrage ait été imprimé sur un papier bouffant d'aussi piètre qualité qui en dessert la présentation autant que la lecture d'un travail autrement instructif. François MARCHADIER © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°23 : 15.III.06 * * *
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